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06 août 2025

Le médecin qui a placé Malatya sur la carte du monde

Le médecin qui a placé Malatya sur la carte du monde

 

Imaginez un hôpital à Malatya qui a atteint les chiffres les plus élevés non seulement de Türkiye, mais aussi d’Europe en greffe de foie à partir de donneur vivant. De plus, en appliquant un algorithme développé au Boston College, ce centre est devenu une structure citée en exemple dans le monde pour la greffe croisée. Le Pr Sezai Yılmaz, à la tête de l’Institut du foie de l’université d’İnönü, déclare : « Nous sommes actuellement en mesure de réaliser simultanément une greffe de foie croisée à sept ; c’est un travail d’orchestre. » Nous avons voulu entendre de première main le travail, le fonctionnement et la transformation qui se cachent derrière un système tissé de chiffres.

Monsieur Sezai, aujourd’hui à Malatya vous réalisez près de 300 greffes de foie par an. Nous parlons de l’un des centres les plus actifs d’Europe. Comment est-ce possible ?

En réalité, ce n’est pas seulement une question médicale. C’est une histoire de construction. Un parcours parti de zéro, pétri de manques, mais qui n’a jamais abandonné. Quand je suis arrivé d’Ankara, rien n’était prêt. Mais nous connaissions notre objectif : établir à Malatya le meilleur centre de greffe de foie de Türkiye.

Pourquoi pas Ankara, Istanbul ou l’étranger ?

Quand j’ai quitté le confort de la grande ville pour revenir, tout le monde m’a posé la même question. Mais ce qui comptait pour moi, c’était de bâtir une structure, de développer un modèle. Si je l’avais fait ailleurs, cela aurait peut-être été plus facile. Mais cela n’aurait de sens qu’ici, dans ma propre ville natale. Et j’ai choisi ce sens.

Comment s’est déroulé le développement ?

Les premiers jours ont été assez difficiles. Équipements, personnel, suivi des patients… Mais nous n’avons pas renoncé. Nous avons constitué une équipe. Nous avons formé. Nous avons travaillé jour et nuit. Avec le temps, cette discipline est devenue un système. Aujourd’hui, avec une équipe de 20 à 30 spécialistes, nous sommes en mesure de réaliser simultanément une greffe de foie croisée à sept. Aucun autre centre au monde n’y est parvenu.

Combien de greffes de foie sont réalisées par an dans votre centre ?

Nous réalisons environ 300 greffes de foie. Grâce aux greffes de foie croisées, je pense que ce nombre atteindra 400. Aucun autre centre en Türkiye ni en Europe n’atteint ce chiffre. Dans le monde, nous sommes l’un des rares centres.

Vous avez parlé de greffe croisée à sept simultanée, qu’est-ce que cela signifie ?

C’est-à-dire que sept receveurs et sept donneurs, soit quatorze personnes au total, entrent simultanément au bloc pour des greffes de foie croisées. Pensez à un orchestre. À ce moment-là, chacun dans notre équipe a un rôle défini et le timing doit être irréprochable. Sinon, cela ne fonctionne pas.

Vous parlez de greffe croisée. Pouvez-vous expliquer un peu ?

La greffe croisée est une méthode très importante, notamment pour la greffe de foie à partir de donneur vivant. Car il y a en Türkiye une grave pénurie de dons d’organes. Seuls 10 à 15 % des besoins peuvent être couverts par des donneurs décédés. Par conséquent, la majorité des patients doivent être greffés avec un donneur vivant. Mais le proche de chacun n’est pas en mesure de lui donner un foie. La compatibilité ne peut pas être obtenue.

Que se passe-t-il alors ?

C’est là qu’intervient le système que nous appelons greffe croisée. Admettons qu’il n’y ait pas de compatibilité entre un patient et son donneur. De même, un autre patient et son donneur sont aussi incompatibles. Mais quand ces deux couples sont croisés, le donneur de l’un peut convenir à l’autre patient et le donneur de l’autre au premier patient. Ainsi, les deux patients ont leur chance en même temps. Nous appelons cela une greffe croisée à deux. Avec cette méthode, la vie de nombreuses personnes peut être sauvée.

Ces donneurs sont-ils appariés au hasard ?

Non, cela repose entièrement sur une base scientifique. Deux de nos universitaires turcs du Boston College, les Prs Tayfun Sönmez et Utku Ünver, ont mis au point un algorithme à ce sujet. Il s’appelle l’algorithme de greffe croisée Banu Bedestenci Sönmez. Grâce à notre collaboration, nous avons commencé à appliquer ce modèle dans notre centre et en avons vu immédiatement les résultats. Grâce à l’algorithme, nous avons réalisé 279 greffes de foie croisées au cours des trois dernières années. Pour nous, ce fut un véritable bond médical.

279 greffes de foie croisées en trois ans, est-ce beaucoup ?

Oui. C’est un chiffre très sérieux. Je le formule ainsi : l’Inde, qui réalise le plus de greffes de foie croisées après nous, n’en a réalisé que 259 au total en 15 ans avec 9 centres. Nous l’avons fait en trois ans, dans notre seul institut. Nous dépasserons bientôt 300.

Vous avez évoqué tout à l’heure la collaboration avec le Boston College ; j’aimerais y revenir. Comment cette collaboration scientifique a-t-elle commencé ?

En fait par un lien très humain. En 2019, nous avions réalisé cinq greffes simultanées. Cela a été relayé par la presse. Puis le professeur Tayfun Sönmez est venu à Malatya. Il a dit : « Nous pouvons pousser ce modèle encore plus loin avec l’algorithme que nous avons développé. » Ils ont fait don à notre centre de cet algorithme conçu avec le professeur Utku Ünver. Ainsi, grâce à cette collaboration scientifique avec le Boston College, le système est devenu applicable dans notre hôpital.

Le nom de l’algorithme est frappant. Pourquoi « Banu Bedestenci Sönmez » ?

Le nom de l’algorithme est en réalité une marque de fidélité. Madame Banu Bedestenci Sönmez a soutenu avec un grand dévouement, pendant des années, le travail de son mari, le professeur Tayfun, mais a malheureusement succombé à un cancer aux États-Unis. En utilisant cet algorithme, nous savons que nous portons non seulement une méthode scientifique, mais aussi un souvenir. Avec son nom, l’algorithme porte aussi un sens qui touche la vie humaine.

Où l’algorithme est-il utilisé ailleurs ?

Il est en fait assez répandu dans les greffes de rein. Mais très peu de centres l’appliquent aussi systématiquement en greffe de foie. Aux États-Unis, un programme pilote national couvrant 15 centres a été lancé en janvier 2023. Onze mois plus tard, aucune greffe de foie croisée n’avait pu être réalisée et le programme a pris fin. Nous l’appliquons systématiquement depuis trois ans.

D’après ce que je comprends, le système de greffe croisée est assez complexe. Comment la pérennité d’une telle infrastructure est-elle assurée ?

Les greffes de foie réalisées dans les universités publiques sont financées par l’État. Cela offre un avantage important en termes de continuité du processus et d’accessibilité. Ainsi, notamment, le volume des greffes à partir de donneur vivant peut être absorbé. Les démarches relatives aux patients venus de l’étranger font l’objet d’une évaluation distincte.

Alors, comment ces succès mondiaux sont-ils accueillis ?

L’intérêt est élevé dans les cercles internationaux. Nos opérations selon le modèle de greffe croisée attirent l’attention de la communauté scientifique. Les collaborations que nous avons nouées avec nos confrères à l’étranger renforcent encore cet intérêt. En Türkiye, nous avons parfois le sentiment que ces réussites ne sont pas aussi visibles qu’elles devraient l’être. Mais notre principale motivation est de toucher davantage de patients, d’être un remède et d’améliorer sans cesse ce modèle.

Qu’est-ce que rester à Malatya vous a apporté ?

Cette ville m’a donné non seulement un lieu de travail, mais une responsabilité. Aller dans de grands centres aurait été plus facile, mais nous avons choisi le difficile. Avec la difficulté, nous avons bâti une équipe plus forte et une structure plus résistante. Le point que nous avons atteint aujourd’hui n’a pas été possible grâce aux seuls efforts d’un médecin, mais grâce à la foi d’une ville et à la détermination d’une équipe.

SOURCE : https://www.fortuneturkey.com/malatyayi-dunya-haritasina-yerlestiren-hekim

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